Le journal scolaire
Notre département de l'Allier est un vivier d'enseignants cultivant la coopération dans leurs classes.
Le journal scolaire
Date de publication : 29/03/2021
LE JOURNAL SCOLAIRE EN PRATIQUE
Gadget, amusement, détente, travail manuel, passe-temps, lubie ? ou Vecteur et levier de l’expression, base d’une communauté, d’un milieu éducatif ?
Le journal, objet du groupe, cristallise les individus autour de son élaboration. Il symbolise le groupe et sa parole, car il est fait des paroles de chacun. Il impose une gestion collective. Il est l’aboutissement d’une somme d’actions, d’expressions, d’analyses, d’initiatives individuelles et collectives. C’est par lui que l’écriture devient écrit, et que les lecteurs existent. Il confère à l’expression de chacun, sa valeur de production à communiquer, à échanger. C’est par lui, (entre autre) que l’individu existe en tant que membre du groupe : " Etre dans le journal ", voir son nom au bas du texte, du dessin, ou du lino gravé, et (re)découvrir une autre image de soi. Il fait du groupe classe un groupe de production qui produit, existe ... Comme la correspondance, il élargit l’horizon scolaire :
Echanges soutenus et véritables avec des enfants de milieux différents ...
Réactions des lecteurs, spontanées ou provoquées.
D’autre part, il est certain que fabriquer un journal, le rédiger, l’imprimer, le vendre, l’échanger (chaque enfant cherche dans l’autre, son propre écho) c’est un excellent moyen de percevoir les problèmes de l’information, et d’exercer l’esprit critique face à ce qui est écrit.
Un outil de communication
Un journal est évidemment fait pour être lu ! d’où l’importance de sa fabrication. De simple recueil de textes libres d’enfants à l’origine, le journal scolaire s’est vite étoffé d’une multitude de rubriques le faisant de plus en plus ressembler aux périodiques des adultes. D’occasionnelles, les diverses rubriques composant les journaux scolaires édités sous forme de PAO voire sur internet pour les mieux équipés aujourd’hui, sont devenues classiques dans les maquettes. C’est ainsi que l’on retrouve outre les textes libres des jeux, devinettes, charades, mots croisés, petites annonces gratuites, exposés, albums, enquêtes, recettes de cuisine, coin bricolage ... bref la panoplie des journaux d’adultes.
Une fabrication variée
Il est vrai que l’arrivée de l’ordinateur dans les classes a bouleversé la technique du journal scolaire depuis dix ans. Pour autant il ne faut pas rejeter définitivement les outils plus traditionnels qui peuvent être encore utilisés si l’on n’a pas les moyens d’offrir un ordinateur à sa classe. La bonne vieille ronéo, le limographe ou la casse avec les caractères en plomb peuvent toujours dépanner. L’important est que l’outil quel qu’il soit, permette l’impression des travaux des enfants et en conséquence la diffusion d’idées fraîches dont on a tant besoin.
Quelle diffusion ?
Là encore, chaque classe décidera du nombre de tirages à réaliser. Selon l’importance de l’école, de la commune, de celle des correspondants auxquels on n’oubliera pas d’expédier quelques exemplaires, un journal pourra voir son tirage passer de quelques dizaines à plusieurs centaines. Mais qu’importe le nombre ! : La qualité de leurs textes, la composition de leur journal seront pour leurs auteurs leurs premières récompenses.
Patrick Aslanian
Florence Saint-Luc : Depuis le début de ma carrière, j’ai travaillé à tous les niveaux, de la première année de maternelle à la dernière année de primaire. Le journal scolaire a toujours tenu une place importante dans ma pratique. Cependant, une évolution très importante s’est effectuée pour moi depuis le temps où je proposais le texte libre sans travail spécifique de l’écrit, avec le duplicateur à alcool, l’imprimerie et le limographe, jusqu’au moment présent. Actuellement, je travaille en classe de CE1-CE2. 11 des 17 enfants de ma classe étaient avec moi en classe de CP l’année dernière. Puis j’ai suivi une classe du CM1 au CM2.
Tous les projets sont intégrés dans le journal de la classe (réalisé essentiellement à l’aide de la PAO). Les différentes rubriques du journal multiplient les formes d’écrit possibles : certains n’ont pas d’idée pour écrire des textes narratifs, mais sont inspirés par la rédaction d’une recette fantaisiste. Quelques enfants aiment écrire des poèmes, d’autres, amateurs d’expériences scientifiques, trouvent leur plaisir à effectuer un compte-rendu ou une fiche d’expérience pour le journal. Les critiques de films, de livres sont également intégrés. Pendant plusieurs années, les exposés ont trouvé là un aboutissement écrit, mais cela prenait beaucoup de place. Nous avons donc abandonné cette pratique.
La réalisation pratique du journal
Le choix du titre : En CM, le titre "Lou Souleou" avait été choisi après discussion collective ; la proposition retenue venait de moi. Au début de l’année, en CP, j’avais montré aux enfants des journaux de classes des années précédentes, en maternelle et CM. Les enfants ne souhaitait pas garder le titre du journal des CM. Je proposais donc de faire un brain-storming, à l’issue duquel la classe choisit "Le robot rigolo". A l’école La Planquette, rebaptisée Maurice Delplace, à La Garde, le nouveau titre choisi par les enfants a été "Magacool". Ce titre a été conservé malgré les changements de niveau.
Quels outils pour l’édition ?
De manière générale, nous utilisons l’ordinateur sur le logiciel de publication assistée par ordinateur (Publisher ou autre...). Cependant il nous arrive parfois également de nous servir de l’imprimerie ; il nous est même arrivé de photocopier des pages manuscrites lorsque la mise en page présentait un certain intérêt. Les enfants peuvent choisir eux-mêmes le support. Certains aiment bien voir leurs poésies être imprimées en couleur plutôt que photocopiées en noir et blanc.
Le journal : gratuit ou payant ?
Pour la duplication, nous utilisons essentiellement la photocopie. Une année, un père d’élève acceptait de nous photocopier en couleur gratuitement de une à trois pages de chaque numéro de journal. De manière générale, c’est bien entendu la photocopie noir et blanc qui est utilisée. Il y a plusieurs années, il n’était pas possible de photocopier un nombre suffisant de journaux à l’école ; nous avions donc choisi de faire photocopier notre journal au tarif association avec 10 numéros supplémentaires pour communication à l’école, aux correspondants et aux éventuels visiteurs. Nous le revendions ensuite au prix de 1,5 €. Nous pouvions ainsi couvrir les frais. Le problème était que certains enfants ne pouvaient l’acheter. Pendant deux ans, le journal était donc photocopié gratuitement par un père d’élèves. Là, un numéro était donné gratuitement à chaque enfant de la classe. Le surplus était vendu par les élèves dans la famille ou le quartier. Le bénéfice s’élevait généralement entre 25 à 30 €. Nous avons même exceptionnellement reçu des demandes d’abonnement. Quelques enfants prenaient un plaisir extrême à faire du porte à porte. Chacun était libre de vendre ou de se contenter de son exemplaire personnel. Les numéros donnés à ceux qui voulaient vendre étaient comptabilisés, et ceux qui n’arrivaient pas à vendre se voyaient généralement réclamer leurs exemplaires par d’autres qui avaient la bosse du commerce. Ils étaient généralement fiers de voir que leur production était suffisamment intéressante pour être achetée par des gens étrangers à la classe. Une autre motivation réelle pouvait être la perspective de voir un de leurs travaux repris dans J magazine ou BTJ.
Au CP, nous utilisions le journal pour l’apprentissage de la lecture. Je considérais donc que les photocopies, dans un nombre limité d’exemplaires, pouvaient donc être prises en charge par l’école dans le cadre du quota annuel qui m’était accordé. Chaque enfant avait donc son journal, et 5 ou 6 numéros supplémentaires étaient produits. Aucune vente n’était réalisée. Cette année, nous avons la même pratique en CE1-CE2, mais si certains enfants proposent de vendre le journal, la classe pourra décider d’un autre type de gestion.
Les textes
Quelquefois, les élèves écrivent directement sur l’ordinateur, mais généralement, ils sont d’abord écrits puis corrigés avant d’être tapés. S’ils restent des erreurs de frappe, ils sont imprimés sous qualité brouillon, les erreurs sont surlignées et une correction se fait sur écran.
Les corrections peuvent se faire facilement après impression brouillon, et retours de l’enseignant sur papier, puis sur l’écran. L’outil "correcteur orthographique est très utile, mais a aussi ses limites ... L’entraide est aussi parfois bien utile ! La création de rubriques peut permettre de créer des déclencheurs pour différents types d’écrits : critiques de films, de livres, recettes de cuisine, créations artistiques, comptes-rendus d’expériences, événements de la vie de de l’école (internes, collectifs, spectacles, sorties, voyages, classes de découverte, interventions...) poésies, exposés, nos textes, vacances, jardinage... L’origine des textes peut être individuelle, de groupe, ou collective. Le texte peut être publié avec ou sans passage par la mise au point collective...
Quand plusieurs textes peuvent être regroupés, on les assemble sur une même page. On travaille alors le choix des caractères. Lorsque le texte est bon, on cherche à améliorer la mise en page. Avec le logiciel, il est possible d’intégrer des graphismes, de faire de jolis cadres, d’entourer un texte ou une page à l’aide de frises. Cependant, la mise en place d’une frise est assez longue, alors que c’est extrêmement rapide avec des logiciels de Publication Assistée par Ordinateur plus récents. Cependant ces logiciels demande une mémoire morte (disque dur) et une mémoire vive assez importante, et donc un matériel beaucoup plus moderne et performant que le nôtre. En CP, je n’ai pas fait de travail de mise en page, car la maîtrise du clavier demandait déjà un très gros travail (en particulier les accents et la ponctuation).
En CM, et maintenant en CE, j’ai commencé par former un petit nombre d’enfants à la PAO. Ces enfants servent ensuite de formateurs pour les autres. Le temps de formation s’effectue soit pendant le temps d’ateliers, soit hors temps scolaire.
En CM2, celui qui était le plus compétent en matière de PAO avait demandé une reconnaissance officielle de ses capacités sous forme d’un brevet d’informaticien. Je lui avais demandé de proposer les épreuves ; après avis coopératif de la classe, le brevet avait été tapé et mis en page à l’ordinateur. Il avait ensuite été intégré à l’évaluation officielle de la classe, au même titre que d’autres brevets-métiers.
Malheureusement, nous n’avons pas de scanner, les illustrations autres que les dessins proposés par notre logiciel ne peuvent être intégrés pour être adaptés et tirés sur l’imprimante.
Les illustrations
Souvent, les textes sont illustrés à l’aide de dessins ou de photos, et ensuite photocopiés. Lorsque des photos sont utilisées, il faut choisir si possible des photos bien contrastées, avec un fond clair. Les dessins au crayon doivent être repassés au stylo ou au feutre noir. Il vaut mieux éviter les dessins coloriés au feutre. Sur les dessins coloriés au crayon de couleur, il est utile de repasser les traits en noir.
L’appareil photo numérique est extrêmement utile pour le journal scolaire. Il permet aux enfants de prendre des clichés de manière autonome, de les refaire en cas d’erreurs, de retravailler le cadrage, la luminosité, le contraste, de les insérer, tout ceci sans payer de frais de développement et sans délai d’attente. Le scanner est aussi très utile pour le journal scolaire : il permet de numériser toutes sortes de documents, photo argentique, journal, etc... Avec les logiciels de montage vidéo, on peut également réaliser des images numériques fixes utilisables pour le journal.
En CP, les enfants avaient envie d’avoir de la couleur pour leurs journaux, et par ailleurs, les textes étant très courts, il était nécessaire de les valoriser par une présentation adaptée. Nous avons donc essayé plusieurs techniques :
photocopie + papier à la cuve collé au milieu pour la première page
photocopie du texte et du dessin en noir et blanc puis passage au vaporisateur pour obtenir un effet de bruine colorée
impression d’objets (feuilles ou découpages) à l’aide de craies grasses ou d’encre passée au rouleau
dessin à la photocopie et couleur passée à l craie grasse dans une fenêtre découpée dans un carton ;
dessin à la photocopie, coloriage aux pastels, puis passage d’un pinceau trempé dans le pétrole désaromatisé pour étendre plus régulièrement la couleur et pour la fixer
dessin colorié aux feutres ou aux crayons de couleur
pochoir en positif ou négatif utilisé à la craie grasse ou au vaporisateur
dessin au cerne relief et impression sur la feuille à la craie grasse
rayures de couleur à la craie grasse
Que faire de la maquette une fois le journal terminé ?
Depuis plusieurs années, je place les pages des maquettes de journaux dans des "porte-menus" en plastique, afin de les conserver et de pouvoir les consulter facilement. Cela permet de les utiliser ensuite comme n’importe quel autre album de la classe.
Dernièrement, j’ai apporté toutes ces maquettes (9 ans de journaux scolaires) conservées d’abord dans des porte-menus, puis dans des classeurs à l’intérieur de pochettes transparentes perforées à la médiathèque de la ville où je travaille, La Garde. Ils en ont effectué des photocopies et les ont archivées pour une mise à disposition du public.
Les travaux sont ensuite transformés en pages WEB, sous une présentation adaptée à ce mode de communication, permettant ainsi de les valoriser en les communiquant sur la toile. L’archivage permet ainsi d’être intégré à une banque de données rendant utilisable les informations ainsi élaborées.
Florence Saint-Luc
Historique du journal scolaire
Notre partenaire : le CLEMI : Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information
Exemples de journaux scolaires dans des classes coopératives
Le journal scolaire,édition ICEM-pédagogie Freinet
Historique du journal scolaire
Un journal scolaire dans l'Allier en cycle 2 à l'école St Angel 2020
Le journal scolaire
Date de publication : 17/10/2022
Le journal scolaire est une technique qui vise à faire vivre les écrits des enfants car, pour qu'ils aient du sens, il faut qu'ils soient réellement lus et diffusés dans et à l'extérieur de l'école : autres classes, parents, environnement de l'école, correspondants...
Ceci passe nécessairement par des moments de création (texte libre, création poétique, plastique...) et par une technique de mise en page et d'impression. À l'origine, les enseignant·e·s Freinet utilisaient pour ce faire l'imprimerie. Aujourd'hui, cela passe plutôt par l'utilisation de logiciels sur ordinateurs, parfois par de la mise en page sous forme de collages, le tout étant photocopié, relié...
Ces journaux papier sont parfois complétés par des outils de diffusion via internet.
Le journal scolaire créé par Célestin Freinet est toujours très utilisé aujourd'hui. Il reste le plus souvent l’organe de communication et de diffusion des textes de la classe. Il témoigne de la volonté réelle de donner un statut à la parole de l’enfant.
« L’enfant qui s’exprime librement raconte d’abord le milieu dans lequel il vit, ce qu’il a envie de dire à ses camarades, à son maître et décrit la réalité du monde qui vibre autour de lui. »
Célestin Freinet, Le texte libre.
Écrire pour être lu, écrire pour se faire connaître et pour connaître, écrire pour témoigner, écrire pour un lectorat, sont des besoins de l’enfant. Organe d’expression et de diffusion des textes de la classe, le journal scolaire est un outil de communication entre enfants, entre enfants et parents, au sein de l’école, du quartier, dans la correspondance scolaire.
Le journal scolaire, édition ICEM