SPECIAL SECOND DEGRE

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enseignants second degré

Date de publication : 19/02/2026

Eléments de didactique de la coopération


Cette série de discussions présente une synthèse approfondie des travaux en didactique de la
coopération, destinée principalement à l'enseignement secondaire.

L'approche est structurée
autour d'une séquence d'enseignement en six étapes
(découverte, situation-problème,
entraînement, évaluation commune, démarche de projet, travail personnalisé) et de quatre points
de vigilance continus
(créer un espace hors menace, susciter la mobilisation, articuler travail
enseignant/élève, former les élèves).

Une attention particulière est portée à la "situation-
problème",
un outil pédagogique conçu pour créer un obstacle cognitif que le savoir à enseigner
permet de surmonter.

La séquence intègre des phases de travail individuel, de groupe et collectif,
et culmine dans une évaluation qui ouvre sur deux voies : un accompagnement pour les élèves
n'ayant pas atteint les objectifs noyaux, géré via un plan de travail, et des démarches de projet
pour tous. La discussion aborde également des techniques de mobilisation (îlots bonifiés,
passeports), des outils d'évaluation métacognitive (carré d'évaluation, bilan météo), et des
stratégies de gestion de classe (échelle de sanctions). L'ensemble vise à créer un environnement
d'apprentissage sécurisant, à responsabiliser les élèves, à favoriser leur autonomie et à encourager
une coopération efficace.
1. Structuration d'une séquence d'enseignement coopératif
- Six étapes pour une structuration d’une séquence d’enseignement
Etapes 1 et 2 dans la même séance. Etape 3 sur 1 ou plusieurs séances. La suite sur 1 ou plusieurs
séances.
1. Découverte : Phase initiale courte (30s à quelques minutes) pour piquer la curiosité des élèves
et donner envie (anecdotes, questions, devinettes).
2. Situation problème : Mise en situation des élèves face à un problème spécifique (Cf. 9 étapes
en partie 2).
3. Entraînement : Phase d'exercices et de pratique pour automatiser les procédures.
4. Évaluation commune : Évaluation collective des apprentissages dans des conditions d'examen.
5. Démarche de projet : transfert des connaissances dans un projet choisi par les élèves.
6. Travail personnalisé : Phase d'individualisation (entrainement, projet, tutorat).
- Quatre points de vigilance (principes continus)
1. Construire un espace hors menace : Créer un environnement d'apprentissage sécurisant où les
élèves peuvent être mis au défi intellectuellement sans crainte.
2. Susciter la mobilisation des élèves : Engager activement les élèves et leur faire comprendre que
l'apprentissage dépend de leur investissement.
3. L'articulation entre le travail du prof et le travail des élèves : Coordonner les actions de
l'enseignant (programmations d'enseignement) et des apprenants (progressions d'apprentissage).
4. La formation préalable et continue des élèves : Former les élèves à la cognition ("apprendre à
apprendre") et coopératif.
2. La Situation-Problème : Concepts et Mise en œuvre
- Concepts didactiques associés
- Enrôlement (Jérôme Bruner) : Stratégie d’étayage visant à ce que tous les élèves se sentent
concernés et accueillis par l'activité d'apprentissage dès le début.
- Dévolution (Guy Brousseau) : Processus par lequel les élèves s'approprient un problème fourni
par l'enseignant et le transforment en leur propre défi intellectuel.
- Les 4 caractéristiques d'une situation-problème
1. Compréhensible : L'énoncé doit être simple et accessible pour susciter l'intérêt.
2. Crée un obstacle : Les élèves comprennent la tâche mais ne peuvent la résoudre
immédiatement, créant un blocage ou un conflit socio-cognitif.
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3. Le savoir est la principale solution : Le savoir à transmettre est la meilleure méthode pour
surmonter l'obstacle.
4. Transmission au bon moment (kaïros) : Le savoir est apporté par l'enseignant précisément
quand les élèves sont confrontés au problème.
- Modélisation d'une séance d'étude en 9 étapes (développée avec l’équipe du lycée Feyder)
1. Présentation de la consigne (5-10 min.) : Oralement et par écrit, avec un temps pour les
questions et une reformulation par un élève.
2. Travail individuel initial (2-5 min) : En silence, pour que chaque élève s'approprie la question et
puisse se donner ses réponses.
3. Composition des groupes (1-2 min.): Formés de volontaires, de préférence par tirage au sort
(3-4 élèves).
4. Travail en groupe (max 5 min) : Centré sur les désaccords, non sur le consensus.
5. Collection des réponses différentes (5 min.) : L'enseignant note au tableau toutes les réponses
distinctes pour augmenter l'incertitude. « On ne rappelle pas une idée qui a déjà été notée »
6. Synthèse par l'enseignant (le temps qu’il faut) : Transmission du savoir expert pour résoudre le
problème. Réponse aux questions des élèves
7. Rédaction de la trace écrite (5 min.) : Pour identifier clairement le "savoir
expert".
8. Finalisation individuelle (3 min.) : Exercice rapide et similaire pour vérifier
l'appropriation du savoir par chaque élève.
9. Bilan métacognitif (3 min.) : Réflexion de l'élève sur son propre comportement
d'apprentissage (ex: "carré d'évaluation" (Michel Barlow, 1993), "bilan météo").
3. Entraînement, Évaluation et Personnalisation
- Étape 3 : Exercices d'Entraînement
- Vise l'automatisation et la mémorisation pour libérer la charge cognitive.
- La rétroaction est essentielle, notamment via l'autocorrection qui augmente son pouvoir et
décharge l'enseignant.
- Étape 4 : Évaluation Commune
- Évalue les "objectifs noyaux" (savoirs essentiels).
- Si réussite (seuil fixé, ex : 16/20) : l'objectif est validé.
- Si échec : L'élève peut continuer de s'entraîner et repasser une évaluation similaire.
- Gestion de l'échec et accompagnement
- Les élèves n'ayant pas atteint le niveau requis s'entraînent sur les objectifs noyaux (via le plan
de travail) et peuvent demander à repasser une évaluation similaire quand ils se sentent prêts.
- Il n'y a pas de délai maximum pour repasser une évaluation, mais les longues interruptions
(stages) posent problème.
- Un système de notation incitatif (ex: conserver la note de la première tentative ou faire la
moyenne) encourage l'effort dès le début.
- Étapes 5 & 6 : Démarche de projet et Travail Personnalisé
- Après l'évaluation commune, des projets sont proposés à tous les élèves, qui choisissent de s'y
engager ou non.
- Le temps de travail personnalisé permet aux élèves de gérer leurs priorités : entraînements de
remédiation, projets, tutorat.
- Le "plan de travail mural" (technique Freinet) sert de pense-bête pour suivre les engagements
sur les projets.
4. Stratégies de Mobilisation, Coopération et Gestion de Classe
- Vigilance 1 : Créer un espace hors menace
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- S'appuie sur des règles claires (distinguées des lois), des routines (pour la mémorisation), des
responsabilités partagées ("métiers d'élèves") et des activités de cohésion (jeux coopératifs, mini-
structures de Spencer Kagan).
- Vigilance 2 : Susciter la mobilisation des élèves
- Motivation extrinsèque (étayage et désétayage) :
- Îlots bonifiés : Compétition par équipe avec un système de points. Efficace pour mobiliser les
élèves démotivés mais risque de créer une dépendance et de focaliser sur la performance plutôt
que sur l'apprentissage (but de performance vs. but de maîtrise). L'application Classdojo en
décuple les effets.
- Monnaie intérieure : Système de récompense/amende avec une monnaie fictive pour acheter
des objets.
- Stratégie d'étayage : L'idée est d'utiliser ces systèmes comme une aide temporaire, en visant
toujours leur retrait pour favoriser l'émancipation et une motivation intrinsèque.
- Gestion de l'autonomie :
- L'autonomie est une compétence qui s'apprend.
- Les "degrés d'autonomie" permettent de différencier la gestion : les élèves autonomes ont un
plan de travail et de la liberté, tandis que les moins autonomes travaillent sous la direction stricte
de l'enseignant. La frustration ainsi créée peut motiver ces derniers à désirer plus d'autonomie.
- Vigilance 3 : programmation des enseignements et progression des apprentissages
L'articulation entre le travail du prof et le travail des élèves : Coordonner les actions de l'enseignant
(programmations d'enseignement) et des apprenants (progressions d'apprentissage).
Ex. de progression d’apprentissage (Cyril Lascassies)
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- Vigilance 4 : Formation des élèves à la coopération et à la cognition
- Sur la cognition, autour de l’attention (travaux de J.-P. Lachaux), sur l’acte d’apprendre (courbe
de Favre, travaux de Pascale Toscani…).
- Distinction groupe/équipe : Le travail en groupe vise un apprentissage individuel dans un
contexte commun (la confrontation d'idées est clé), tandis que le travail en équipe vise un objectif
commun qui nécessite des compromis.
- Techniques de coopération : "Interview mutuelle", "Jigsaw", "double cercle", où
l'interdépendance positive est le moteur.
- un ouvrage : « La coopération, ça s’apprend » ; Deux revues : #576 des Cahiers Pédagogiques « Former
les élèves à la coopération » ; #292 de Animation et éducation « Former les enseignants à la coopération »
- Gestion de la discipline
- Distinction sanction/punition : La sanction vise à faire réfléchir sur la règle, la punition à faire souffrir.
- L'échelle de sanctions : Outil personnel et gradué pour l'enseignant, allant du simple rappel à la règle
jusqu'à la réunion de croisement des regards, en passant par des avertissements et une exclusion temporaire
avec "fiche de réflexion". Son but est de structurer la réponse de l'enseignant, d'éviter l'escalade et de
maintenir un cadre serein.
Exemple de fiche de réflexion :
Exemple d’échelle de sanctions